Certains anxieux ont du mal à le croire quand je leur dis que je n'ai plus du tout d'anxiété sociale. J'ai compris que s'ils n'y croyaient pas, c'est parce qu'ils avaient une idée faussée de ce que voulait vraiment dire "se libérer de l'anxiété sociale".

Ils s'imaginent que "ne plus avoir d'anxiété sociale" voudrait dire être toujours hyper confiant, ne jamais se remettre en question, ne plus jamais être stressé ni mal à l'aise... Effectivement, c'est impossible ! Ça, ce n'est pas se libérer de l'anxiété, ça, c'est être un robot non doté d'humanité.

 

Ne plus avoir d'anxiété sociale veut dire ne plus avoir ces symptômes typiques de l'anxiété sociale :

- anticipations négatives où on imagine systématiquement tous les pires scénarios possibles (exemple "on va se moquer de moi", "on va me trouver bizarre", "je vais avoir l'air ridicule", "on va me rejeter", "on va pas m'aimer", "on va me détester", "je vais tout rater", "on va m'en vouloir", "je vais déranger", etc). Ce qui pousse à l'évitement (par exemple éviter les événements sociaux ou les interactions sociales même si on en a envie)

- ruminations mentales après une interaction sociale (regret, culpabilisation, honte, comparaison avec autrui, auto-rabaissement, auto-dévalorisation, etc) ce qui diminue considérablement l'estime de soi et la confiance en soi.

- symptômes de mauvais stress (rougeur, tremblement, tachycardie, sudation, regard fuyant, ne plus arriver à réfléchir, etc) avant et pendant une interaction sociale ou exposition sociale.

Sources : Manuel MSD en ligne, listant les critères diagnostiques du trouble de l'anxiété sociale. https://www.msdmanuals.com/fr/accueil/troubles-mentaux/anxiété-et-troubles-liés-au-stress/trouble-d-anxiété-sociale

 

Aujourd'hui je n'imagine plus le pire, je pense même plutôt au meilleur. Et même si je loupe une interaction sociale je m'en fiche, je l'accepte (je lâche prise) et je n'en fais pas un drame (je ne rumine pas, j'en rigole et puis j'oublie). Ça ne baisse pas ma confiance et mon estime de moi (alors qu'avant c'était le cas).

Je n'évite plus rien, si j'ai envie de parler à quelqu'un ou aller à un événement social je le fais. Aujourd'hui je dis toujours ce que je pense je suis très franc (alors qu'avant je n'osais jamais m'exprimer).

Je n'ai plus de symptômes de mauvais stress, mais je peux avoir du bon stress qui me booste et me dynamise (par exemple quand je monte sur scène pour faire du stand-up ou quand j'anime un atelier).

 

Par contre je reste humain et ça m'arrive d'avoir de l'inconfort social ou de la gêne, mais ça n'a rien à voir avec l'anxiété sociale, c'est normal de ressentir ça dans certaines situations (tous les gens non-anxieux peuvent ressentir ça dans des situations nouvelles ou difficiles).
 

Par exemple je suis inconfortable si je parle à mon crush, mais je le fais quand même.

Si je dois parler en anglais je me sens con car mon expression oral est mauvaise et j'ai du mal à m'exprimer. Mais si je dois le faire, je le fais, ça ne m'empêche pas de le faire malgré que je me sens con.

Si je vexe, blesse ou dérange quelqu'un sans faire exprès je m'en veux (plus ou moins selon la gravité et si c'est effectivement ma faute). C'est normal, je suis un humain qui a des émotions, je suis pas une psychopathe dénué d'empathie.

Si je joue un sketch de stand-up et que je "bide", je me sens déçu et triste. Mais je survis et ça ne m'empêchera pas de jouer de nouveau car je sais que ça fait partie du processus (même les meilleurs humoristes ça leur arrive de bider).

Si je dois passer un entretien d'embauche (j'en ai jamais fait, vu que mon 1er et dernier job c'est bosser pour l'asso que j'ai créée) je serais un peu inconfortable et un peu stressé, car c'est la première fois, c'est normal. Je suis persuadé que plus j'en ferai, et plus je serai à l'aise.

Si je parle avec une. inconnu.e avec qui je sens que je n'ai pas du tout d'affinité, je peux me sentir un peu gêné mais j'essaye de broder pour que ça se passe au mieux. Et même si la conversation n'est pas terrible, je n'en fais pas tout un foin.

Je n'aime pas les conflits, c'est très désagréable pour moi. Donc j'essaye de les éviter autant que possible. Mais si cela est nécessaire, par exemple pour me protéger et ne pas me laisser marcher dessus, je n'hésite pas à le faire même si je galère.

Si des gens me jugent négativement ou que je vois que je déplais, bien sûr que ça pique. Ce n'est agréable pour personne. Mais je sais faire la part des choses pour pouvoir surmonter ça, sans que ça diminue mon estime de moi et ma confiance en moi.

 

En bref, un léger inconfort, un sentiment de maladresse ou une petite gêne c'est normal. Ce n'est pas de l'anxiété sociale, c'est être humain. Je ne suis pas un robot haha.

Ne plus avoir d'anxiété sociale ça ne veut pas forcément dire avoir une confiance en soi inébranlable et penser qu'on va tout réussir (ça c'est être narcissique et imbu de soi-même). 

Ne plus avoir d'anxiété sociale ça veut juste dire arrêter de se rendre malade avec la peur du regard des autres. Réussir à s'aimer, s'affirmer, et trouver sa place, même si on est par parfait (personne ne l'est, tout le monde fait des erreurs).

Quand on n'a plus d'anxiété sociale, on est capable d'être indulgent avec soi-même et s'autoriser à faire des erreurs car on ne veut pas s'empêcher de vivre ; on veut être capable d'être soi-même. Et surtout, comme on n'a plus peur du regard des autres, on ne cherche plus à faire du "people-pleasing" à outrance. C'est aussi ne pas se sentir inférieur aux autres et arrêter de toujours se comparer aux autres.

Alors que quand on a de l'anxiété sociale, on dramatise la moindre gaffe sociale donc on préfère ne rien faire pour ne pas prendre de risque. Mais cela crée de la frustration car au fond de soi on aimerait pouvoir être soi-même et faire ce qu'on veut. On subit le regard des autres qui nous contrôle : on se force à faire du "people-pleasing" car on ne supporte pas le moindre rejet.

 

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